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Les spécialistes du Droit du Sport revendiquent souvent la spécificité sportive en matière juridique. A tort ou à raison, chacun est libre d’avoir son opinion. Une chose est certaine, le sport occupe une place importante dans notre société et sa nature en fait une matière avec des spécificités.

L’actualité juridique et sportive, notamment avec l’affaire de la « Sextape », démontre plusieurs choses et notamment l’importance du respect du Droit et de ses principes essentiels. Non, le sportif, quel qu’il soit, n’échappe pas au Droit (I). Il peut être connu et reconnu, avoir un statut social favorable, cela ne l’exonère pas de respecter le contrat social qui le lie à la société.

Cependant, ce qui est vrai dans un sens, doit aussi l’être dans l’autre. Le sportif, comme tout justiciable devant respecter la Loi, doit bénéficier des mêmes protections, des mêmes garanties et des mêmes droits qui sont inhérents à l’Homme, dont les droits de la défense (II).

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I – Le sportif tenu par le Droit

Il est fréquent d’entendre, au détour d’une discussion ou d’une déclaration, que les sportifs sont des privilégiés. Ceux qui tiennent ce discours sont souvent déconnectés de la réalité et du monde sportif. Sous la pointe de l’Iceberg que représente les sportifs les mieux payés, se trouve une majorité de sportif qui éprouve des difficultés à exercer leur métier en raison d’une certaine précarité.

Lors de ces discussions, deux arguments ressortent sans cesse, celui de l’argent (« c’est indécent l’argent qu’ils gagnent pour taper dans un ballon »), ou bien celui de l’impunité (« tous des voyous, ils font ce qu’ils veulent »). Et bien non, pas tout à fait.

On laisse volontairement le cas de Michel Platini qui lui, à juste titre, jouit d’une présomption d’innocence à toute épreuve… Par contre, Karim Benzema pourrait en témoigner, ce n’est pas son cas. Inutile de revenir sur les faits de cette affaire, ils sont connus pour avoir été repris par tous les médias possibles et imaginables.

L’affaire de la « Sextape » démontre, avec panache, qu’une simple discussion dans une chambre de Clairefontaine ou par téléphone peut conduire à la mise en examen d’un des sportifs français les plus en verve du moment. Oui, les stars aussi sont tenus au respect du Droit et non ils ne sont pas au-dessus des Lois.

Peu importe ce qui a été dit, n’importe quel justiciable aurait pu avoir ces discussions. Surement aussi que n’importe quel justiciable aurait été mis en examen pour des faits similaires. Par contre, le justiciable lambda ne serait pas reconnu coupable publiquement avant même d’avoir été jugé.
Oui, Karim Benzema a déjà perdu. Non pas au regard de la justice mais bien de l’opinion publique. La raison ? Le non-respect du Droit et de  ses principes essentiels, tout simplement.

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II – Le Droit au service du sportif

Une personne mise en examen jouit de différents droits qui sont déterminants pour sa situation personnelle, mais aussi pour la justice. Parmi eux, on retrouve bien évidemment la présomption d’innocence (Article préliminaire du Code de Procédure Pénale « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie »), mais aussi le secret de l’instruction en matière pénale (article 11 du Code de Procédure Pénale, « la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction est secrète »).

Encore une fois, le sportif jouit de ces droits et c’est une nécessité qu’ils soient respectés. L’affaire de la « Sextape » en est l’illustration parfaite.

Prenons part à un uchronisme et revenons peu après la garde à vue de Karim Benzema et juste avant qu’un fonctionnaire de police exemplaire mette au placard sa morale pour livrer, en intégralité, le procès-verbal d’audition à un journaliste très inspiré.

A ce moment là, les médias s’intéressent à cette garde à vue et à la mise en examen de Karim Benzema. Rien d’anormal, c’est leur métier. Imaginons maintenant que le procès-verbal n’ait pas été publié et que l’instruction suive son cours normalement. Les « tarlouze », « chantage » et « entourage du joueur » ainsi que le suicide médiatique auquel se destine Karim Benzema disparaissent (n’oublions pas que même le 1er Ministre français a pris position dans le dossier …). A cet instant, en plus d’être toujours présumé innocent par la justice, Karim Benzema l’est aussi dans l’opinion publique …

Imaginons maintenant que 6 mois après, les charges retenues contre Karim Benzema soient abandonnées car la justice considère, au regard des éléments du dossier, que celui-ci n’a finalement rien à se reprocher (oui, c’est tout à fait possible). Karim Benzema est alors innocenté par la justice mais surtout, préservé de tout jugement hâtif de l’opinion publique qui n’a donc pas eu connaissance des éléments du dossier.

La conséquence de tout cela ? Elle est énorme. Karim Benzema n’est plus un paria. Les médias n’ont plus rien à se mettre sous la dent, la Fédération Française de Football et son sélectionneur peuvent respirer. La sélection de Karim Benzema en Equipe de France n’est alors plus un scandale mais une nécessité en vue des échéances sportives … Mathieu Valbuena ne sera peut-être plus son « pote » mais la France peut alors gagner l’Euro 2016.

Bien évidemment tout cela est une fiction. Il ne s’agit pas de prendre partie pour Karim Benzema. Mais mis à part cette conclusion partisane où la France se retrouve sur le toit de l’Europe du Football, c’est de cette manière que les choses auraient dû se dérouler si le Droit et le Code de Procédure Pénale avaient été respectés. C’est de cette manière que Karim Benzema aurait dû être traité dans une démocratie respectueuse des libertés.

On voit alors toute l’importance des principes juridiques qui gouvernent notre société, tant pour le sportif que pour tout autre justiciable.

Loïc ALVAREZ